(La Presse-MC) - La décision de la compagnie Visa d’exclure les résidants du Québec de son premier appel public à l’épargne soulève la grogne chez les investisseurs. Certains appellent même à un boycott.
«Si Visa s’entête à ne pas franciser son prospectus, on va appeler à un boycott», a lancé jeudi Yves Michaud qui préside le Mouvement d’éducation et de défense des actionnaires (MEDAC).
Comme l’a révélé Le Soleil jeudi, des documents déposés par Visa devant la Security Exchange Commission (SEC) et les autorités de valeurs mobilières canadiennes avancent que tous les résidants nord-américains, à l’exception du Québec, pourront acheter des titres de la société lors de son entrée prochaine en Bourse.
Visa, dont le siège social est situé à San Francisco, prévoit bientôt inscrire ses actions en Bourse. La société émettrice de carte de crédit s’attend ainsi à obtenir près de 19 milliards $.
Or, les lois sur les valeurs mobilières du Québec sont claires. Pour que les Québécois puissent passer une commande sur des titres de Visa en vue de ce premier appel public, la société doit d’abord déposer devant l’Autorité des marchés des financiers (AMF) un prospectus en français ou bilingue.
Jeudi, Visa n’avait pas encore déposé devant l’AMF un prospectus en bonne et due forme. La vente d’actions à des résidents du Québec par l’entremise d’un courtier québécois ou hors Québec pourrait d’ailleurs lui coûter cher.
Visa s’expose à de fortes amendes et à des poursuites pénales.
Yves Michaud soutient que Visa a largement les moyens de se payer des traducteurs.
«S’ils ne sont pas capables de respecter les lois du Québec, c’est qu’ils ne méritent pas que l’on fasse affaire avec eux. Je n’hésiterais pas à déchirer ma carte pour aller chez Mastercard», a souligné le «Robin des banques».
Au Parti québécois (PQ) le critique en matière d’économie et de finances, François Legault, espère que la multinationale fera traduire en français le fameux prospectus pour l’AMF, une exigence qu’il qualifie de «très raisonnable» dans les circonstances.
«Visa se place dans une position délicate en ne faisant pas les efforts pour respecter la distinction linguistique des Québécois, a-t-il martelé. Je considère que Visa manque de respect envers tous les Québécois en ce moment. Visa doit revoir sa position, car cette entreprise est très connue au Québec et des milliers de Québécois font des achats chaque jour avec cette marque de carte de crédit.»
M. Legault a répondu «on verra» quand le journaliste lui a demandé si le PQ lancerait un appel au boycott des cartes de crédit Visa si la compagnie ne bouge pas dans ce dossier.
À la Caisse de dépôt et de placement, personne n’a voulu émettre de commentaires sur la question. Tout indique cependant que la plus importante caisse de retraite du pays ne pourra participer à l’émission initiale d’actions (19 milliards $) la plus imposante de l’histoire des États-Unis.
À la Banque Royale, qui fait partie du syndicat bancaire de l’émission d’actions de Visa, on confirme que les courtiers du Québec seront exclus de l’offre initiale. «Il n’y aura pas de possibilités pour eux de vendre des titres de Visa», a laissé entendre le porte-parole Raymond Chouinard.
Dans les documents déposés devant la SEC, Visa pense pouvoir offrir 406,6 millions d’actions sur le marché au prix variant entre 37 $ et 42 $ chacune.
Du côté du Parti libéral du Québec, l’attaché de presse du premier ministre, Hugo D’Amours, a refusé de monter aux barricades.
«Visa a pris une décision d’affaires, s’est-il limité à dire. Si elle souhaite vendre ses actions au Québec dès l’émission de ces actions, elle devra respecter les règles de l’AMF.»
Personne du côté de l’ADQ n’a retourné les appels du Soleil.
Chez Visa Canada, la direction des affaires publiques de la compagnie a refusé de commenter ce dossier pour une deuxième journée consécutive. La directrice des communications, Tania Freedman, n’a même pas daigné retourné les appels et le courriel du Soleil.
La publication de l’article sur Visa a provoqué une forte vague de réactions jeudi. Sur le site de Cyberpresse, une soixantaine d’internautes ont émis leurs commentaires en quelques heures dans un forum de discussions prévu à cet effet.
Certains estiment que l’exigence de traduire en français ce propectus est exagérée, alors que d’autres en appelaient déjà au boycott des cartes de crédit Visa.
«Avez-vous déjà vu la grosseur d’un prospectus d’IPO ? a fulminé un lecteur. Les coûts pour le faire traduire sont beaucoup plus grands que les bénéfices pour Visa. Toutes les actions vont être vendues, ils n’ont pas besoin de l’aide du Québec, alors pourquoi dépenser plus? Le problème n’est pas chez Visa, mais bien dans notre cour. C’est le gouvernement qui établit ces lois.»
«Si Visa ne révise pas sa position, et que ses actions ne sont pas disponibles pour les résidents du Québec, je cesserai de faire affaire avec Visa et je me procurerai une carte d’un autre fournisseur», a ajouté un autre internaute.
Publié par : Marcel Charland
à 12:31:25
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